• Favouille Éguilles

Favouille restaurant à Éguilles



Mon appétit passait par là vers midi. Aucune illusion vu le contexte pas tellement glamour, j’ambitionnais de juste me nourrir, je me méfiais, presque assuré que cette assiette allait compter pour du beurre, pas encore goutée et déjà oubliée. Parmi la brochette de petits commerces plus ou moins récents: Favouille. Le sobriquet au frontispice me tire un sourire. Terrasse joliment dressée et dedans, c’est clair dans sa dominance boisée contemporaine. Ouai mais bon. Faut pas me la faire à moi, je cause de quoi je mange, pas des rideaux et autres artifices de décorum pour flatter les mirettes des grappes de bobos qui n’attendent que ça. Bref! Et dedans mes petits ortolans, j’ai vu un personnel heureux. L’adorable serveuse organisée déroule entre salle et terrasse tandis que le patron affiche un sourire naturel vissé entre les oreilles dans le cadre de ses attributions de responsable et coupable par anticipation de mon plaisir à venir, je l’ignorais encore, sans illusion sur le contenu de mes assiettes vu le contexte alimentaire de la zone, je vous le rappelle, vous ne suivez jamais.

A l’ardoise: tagliata de bœuf, parmesan, sauce vierge et noix de cajou. Merlu, caviar courgette, légumes de saison (été) et crème fumée. Viande grillée du boucher, jus de volaille maison, frites et salade. Et deux ou trois desserts dont “choco addict” caramel beurre salé et amande. Mon entrée poulpe fondant, pois chiche, aubergine et chorizo. “Sens esthétique certain” comme dit Mauricette quand elle reluque Jean Dujardin torse nu. Du frais, un demi bestiau snacké tendre du sol au plafond comme rarement, un délice d’aubergine confite au miso (condiment japonais), comme un houmous avec des bricoles pour tonifier, chorizo et grenade, une lichette de sauce vierge pour lier l’idée. Si j’m’attendais !



15,5/20, boing. J’ai dû trépigner en attendant mon steak de thon, quinoa-boulgour, légumes et crème safran. Voici un “chaud-froid” de présentation circulaire, pratique et copieux. Un lit de quinoa-boulgour bien pensé avec cébette ciselée, grains de maïs, fine brunoise de carotte et concombre au détour du bosquet, les tailles sont essentielles. Tranche de thon à déguster rouge, je veux dire bleue. Fin croutage, snackée d’un seul côté. Du copieux en finesse qui vous bichonne la courge. D’autant que la crème safranée au véritable safran, pas du Ripolin tricheur comme du fond de teint, laque avec parcimonie l’estivale idée. 15,5/20 et reboing. J’étais ému de l’étonnant niveau de cuisine. Même si plus rien ne m’étonne. Qui? La marseillaise Fanny Aimerito, la trentaine de printemps. Fac des Arts à Aix après un bac scientifique. Et puis la révélation de la cuisine: 7 ans passés à Une Table au Sud dont 3 comme sous-chef, puis second de cuisine de Ludovic Turac. Autant dire que la furtive candidate de Top Chef en 2019 en a sous le capot. Avec son cordial compagnon Thibaud Lacour à l’accueil, les voilà sur la route de l’aventure de la restauration pour soi avec le type de cuisine qu’on adore au Bouche à Oreille. Celle imbibée d’un cinglant savoir-faire sans ostentation, produits top niveau avec légumes locaux qui viennent à pied sans avoir fait de frigo, viandes et poissons sélectionnés avec l’œil rigoureux d’un visagiste de casino de jeux. Carte des vins adaptée, y compris quand la saison des coquillages se profile, renseignez-vous. Une très bonne table (de plus) pour l’amateur de restaurants fins et généreux, noyée au milieu d’une majorité d’autres rarement heureuses. Vous auriez pu la trouver sans moi, mais il vous aurait fallu faire un pas de côté.

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